Les enseignants pourrait être « masterisés » d’ici 2010, a annoncé le président de la République Nicolas Sarkozy le 27 mai dernier lors de son intervention sur les ondes de RTL.
Masterisé ? Késako ?
Détrompez-vous, il ne s’agit pas là d’une nouvelle technique d’enseignement consistant à enregistrer ses cours en studio pour les rendre plus attractifs et pédagogiques. Malheureusement.
Selon le projet porté par le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, il s’agit en fait de modifier le processus de formation des futurs professeurs du primaire et du secondaire.
Le principe : le niveau de recrutement des professeurs serait relevé de bac+3 à bac+5, soit à l’issue d’un master 2.
« Une façon de revaloriser le métier d’enseignant et de mieux les payer en début de carrière », relève le Monde dans son article du 28 mai.
Lâchés dans le grand bain sans avoir appris à nager
Malgré cette perspective à première vue séduisante, la nouvelle a provoqué une levée de bouclier dans la communauté enseignante car la réforme envisagée ne s’arrête pas là.
En effet, dans ce système, les concours d’enseignement (CAPE, CAPES et agrégation) subiraient quelques modifications. Rien d’étonnant à cela.
Mais le problème principal se situe dans la disparition de la deuxième année de formation à l’IUFM, soit la période consacrée à la professionnalisation des enseignants.
De fait, les étudiants décrochant leur concours seraient directement affectés dans une classe, avec pour seule formation professionnelle, une sorte de tutorat assurée par un conseiller pédagogique.
Ce qui reviendrait à donner le permis à tous les jeunes qui réussissent leur code de la route sans leur apprendre à maîtriser leur voiture avant.
Voilà donc le point qui fâche. Cette réforme se base sur le principe que toute personne qui possède des connaissances est à même de les retransmettre instantanément.
Une aberration à l’heure où même dans l’alternance, la formation pédagogique des tuteurs est en train d’être reconnue comme une étape incontournable pour la réussite d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation.
Et combien d’élèves sur le carreau ?
Donc bien sûr, cette réforme permettrait d’économiser le salaire des 11 000 professeurs stagiaires en formation professionnelle, en les envoyant directement en classe à temps plein sans passer par la case deuxième année d’IUFM.
Mais sur le terrain, ces jeunes professeurs lâchés dans le grand bain de la classe et priés d’apprendre à nager par eux-mêmes pourraient bien boire la tasse et couler rapidement face au flot des élèves. Et donc, au final, augmenter encore le turn-over de la profession.
De l’autre coté du tableau noir, quels avantages pour les élèves qui devront essuyer les plâtres de ces jeunes enseignants pas assez formés à la pédagogie. Combien d’année de perdue pour eux juste parce que l’on a pas appris à leur professeur à les prendre en charge et à les accompagner pour les aider à surmonter leurs difficultés.
Et bien sûr, quelle sera la nouvelle taille du fossé qui se creusera encore un peu plus entre les enfants issus de milieux favorisés, parfaitement adaptés à l’école, et capable de pallier les manques de leurs professeurs grâce à des cours particuliers, et les jeunes moins chanceux pour qui apprendre est un défi et qui seront plus demandeurs d’attention, de méthodes pédagogiques, d’accompagnement personnalisé. Trois critères qui, malheureusement, ne sont pas entré en ligne de compte lors du recrutement de son enseignant.
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