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Loïck Roche : "La business school du futur sera une school for business"

Il y a quelques mois désormais, Grenoble Ecole de Management s'est lancée dans un vaste chantier, à savoir imaginer l'école du futur. De l'objectif initial du Livre blanc consacré à ce sujet aux grandes conclusions faisant suite à sa rédaction, en passant par l'évolution du rôle de professeur, l'importance croissante de la dimension numérique, le développement des cours en ligne gratuits dans les grandes écoles ou encore la pédagogie dite "connectiviste", Loïck Roche, le président de l'école de commerce grenobloise, détaille tous ces points et donne sa vision globale de l'école du futur.

Quel est l’objectif de ce Livre blanc consacré à l’école du futur ?

Loïck Roche, président de Grenoble Ecole de Management
Loïck Roche, président de Grenoble
Ecole de Management

"L’objectif est de donner du corps au discours. Beaucoup de monde, suite à notre annonce de travailler sur l'école du futur dès 2012, s’accorde sur le discours : nous proposons maintenant du concret. Par ailleurs, ce Livre blanc n’est pas seulement un effet d’annonce : il s’agit d’un travail mené avec des chercheurs en sciences de l'éducation, des professeurs en sciences de gestion, des chefs d’entreprise…"

Est-ce la première étape de la réalisation et de la construction de l'école du futur ?

"Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une base pour l’avenir. Nous avons en effet pu valider, à travers ce Livre blanc, qu’il y a une très forte demande des entreprises pour déterminer à quoi ressemblera l’école du futur. En cela, ce Livre blanc est en quelque sorte un 'bon de commande'. 

Nous mettons à jour la troisième révolution de la pédagogie. Après la pédagogie ex cathedra, la pédagogie différenciée - dont Grenoble Ecole de Management était déjà moteur -, la pédagogie de demain sera 'connectiviste'. On apprendra par connexion, avec l'autre, avec internet…"

L’école du présent est-elle grandement en retard par rapport à l’école du futur ?

"Oui, car elle n'a pas pris en compte trois révolutions. A commencer par la révolution du métier de professeur : l'étudiant peut se passer de lui pour apprendre, grâce aux nouvelles technologies. La révolution de la mission des grandes écoles ensuite : on ne doit plus apprendre aux étudiants à résoudre un problème connu et qu'ils rencontreront, mais on doit les former à résoudre des problèmes qu'ils rencontreront dans un monde qu'ils vont contribuer à inventer. Et la troisième révolution est l'émergence de la pédagogie connectiviste.

L'important, maintenant, est d'y aller et déjà de penser le coup d’après, car les torsions de l'espace-temps que permettent les nouvelles technologies n'en sont qu'au tout début…"  

Quelle sera la dimension numérique de cette école du futur ?

"Il faut tout d'abord préciser que le rôle du professeur sera totalement différent, l'élève n'ayant plus besoin de lui pour acquérir des connaissances. Le professeur ne sera plus qu'une connexion parmi d'autres. La dimension du numérique sera ainsi englobante, multiforme. Nous ne pourrons plus faire sans. Le numérique sera vraiment au cœur de l'école du futur."

Comment cela va se traduire dans les faits ?

"Un des premiers mouvements, les étudiants ne seront plus nécessairement sur un même site, mais seront reliés à l'école. Le deuxième mouvement est une inversion des choses : avant, on était diplômé et ensuite on travaillait. Maintenant, on travaille en même temps qu'on obtient le diplôme. Demain, on travaillera et le diplôme n'interviendra qu'après avoir passé, au fil de sa carrière, un nombre plus ou moins important de certificats. De plus en plus, on va travailler, mais en cumulant un ensemble de savoirs, par le biais de MOOC, de SPOC,…

Avant, le diplôme était un point de départ ; dans le futur, le diplôme ne sera qu'une étape de la vie professionnelle. On va ainsi retrouver l'étymologie la plus belle de la pédagogie, qui sera un accompagnement tout au long de la vie professionnelle. Voilà pourquoi il n'est pas faux de dire que jamais la pédagogie ne sera aussi importante que dans l'école du futur."

Le rôle du professeur devrait donc grandement évoluer. Mais qu'en est-il de l'étudiant ?

"Ce sera plus naturel, car l'étudiant est né avec. Les élèves vont se mouvoir dans un monde de manière encore plus déconcertante que ce que l'on voit aujourd'hui… Ils vont se mouvoir dans une autre dimension, qui sera celle du numérique ! Multitâche, l'étudiant peut déjà travailler tout en écoutant de la musique, participer aux réseaux sociaux…

C'est aussi un nouvel équilibre qui se dessine car, si les plus anciens avaient jusqu'ici l'apanage de l'apprentissage, et notamment de la transmission des humanités, des valeurs,… maintenant, et dans le même temps, les plus jeunes peuvent apprendre aux plus anciens nombre de choses, notamment les usages des nouvelles technologies de l'information et de la communication."

De quelle manière la dimension numérique va-t-elle se concrétiser du côté de Grenoble Ecole de Management ?

"Cela va notamment se traduire en terme d'espaces physiques. Nous avons actuellement un campus à Grenoble. On travaille désormais à un deuxième campus, au cœur de GIANT, et un troisième à Paris. Notre volonté, comme la Sloan School of Management est la business school du MIT [Massachusetts Institute of Technology, ndlr], nous voulons être la business school de l'écosystème de GIANT.

Toutes ces évolutions constituent autant de pierres brutes qu’on taille et agrégeons, au travers de salles, d’espaces avec un maillage national… Au niveau du monde, nous avons également des espaces à Londres, Singapour, Pékin, Shanghai, Moscou, Casablanca…, où les étudiants peuvent se retrouver, à l’image de ports d'attache en quelque sorte.

Il y a énormément de connexions à établir et à développer au niveau local, national et international, que ce soit en recherche, avec les entreprises et industries… On a perdu de vue que le client n°1 n'est pas l'étudiant, mais l'entreprise. Il faut s'interroger sur comment permettre à l'entreprise de disposer des meilleurs étudiants. Quand comprendrons-nous qu'une business school doit aussi être une school for business… L'école du futur doit enfin réussir à remettre les choses à l'endroit."

Les annonces de lancement de MOOC ont tendance à s'accumuler depuis quelques semaines désormais. Cela va-t-il dans le bon sens pour vous ?

"Il y a des écoles qui se lancent car il faut le faire, et d’autres qui essaient vraiment de se lancer, portant beaucoup plus en elles cette conviction qu’il faut évoluer et se transformer. Nous sommes convaincus que si on ne bouge pas, et très rapidement, cela va devenir très compliqué. Il y a un saut à faire. Il faut jeter nos anciens jouets, et réussir à penser autrement.

C’est d’autant plus difficile que l’on abandonne quelque chose qui fonctionne plutôt bien. Mais il faut comprendre que c'est lorsque ce n'est pas cassé qu'il faut réparer ! L'école du futur doit former des entrepreneurs, elle doit être un accélérateur de croissance. L'école du futur s'appliquera à elle-même ce qu'elle enseigne, à savoir innover, créer…"

L’application de la troisième pédagogie a-t-elle débutée dans les écoles ?

"La troisième pédagogie commence à être appliquée petit à petit. Mais nous sommes encore loin du compte. On veut encore évaluer les étudiants avec des partiels… Or, les connaissances ne sont plus au cœur des compétences. Compte désormais la capacité critique, la capacité à rechercher une information, la capacité à passer du management qui est la gestion de la complexité au leadership, qui est la gestion du changement.

Trop souvent encore on pense que le nombre d'heures en face-à-face est le bon indicateur. Après, ce ne sont pas seulement les contenus qui sont à revoir, mais les méthodes. On est, par exemple, encore très en retrait des espoirs que suscite la gamification - dont les serious games - dans la pédagogie…"

Existera-t-il une norme de l’école du futur dans l’avenir ?

"La business school du futur sera une school for business ou ne sera pas. Après, les technologies, les possibilités offertes aux étudiants, cela n'en sera que la conséquence, l'implémentation de la stratégie en quelque sorte."

A l’origine de ce Livre blanc sur l’école du futur, aviez-vous des certitudes ?

"Il y avait une certitude : l'urgence à changer. En revanche, la pertinence, l'intérêt, l'intelligence des entreprises sur ce sujet se sont révélés au-delà de nos espoirs. C'est là un signe fort pour l'ensemble des écoles.

Autre signe fort, et qui n'est pas en contradiction avec ce qui précède : la mission des écoles dépassent désormais les étudiants et les entreprises. Celles-ci ont un rôle sociétal. Elles doivent s'emparer des sujets de société, des sujets environnementaux, des sujets économiques et même, s'il le faut, des sujets politiques !"

Hormis Grenoble Ecole de Management, y a-t-il des écoles qui sortent du lot en la matière ?

"L’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) est très innovante en la matière, avec la création d’un learning center comprenant cafétéria, bibliothèque, autant de lieux qui favorisent les connexions… L’école dispose d’un bâtiment exceptionnel avec, par exemple, un studio pour enregistrer ses MOOC. Ce sont des gens ayant très clairement imaginé que les cours de base pouvaient être remplacés par des MOOC. Ils sont complètement dedans, et ce n’est pas triste pour eux de dire que la notion de professeur va changer. Il s’agit d’une école européenne qui a su plus vite que les autres se déterritorialiser, pour modifier et remettre en cause ses propres modèles.

Après, il y a des écoles beaucoup plus conservatrices, mais qui restent de très belles machines, comme HEC, avec des MOOC aussi bien sur Coursera que sur France Université Numérique (FUN). Ils ont vite compris que, dès lors que les meilleures business schools du monde se lançaient (Harvard, Stanford…), ce n’était pas un simple soubresaut, mais une vraie lame de fond."

En France, les grandes écoles d’ingénieurs se sont lancées beaucoup plus vite que les établissements de management. Partagez-vous cette vision et comment l’expliquez-vous ?

"Cela vient du fait que les écoles d’ingénieurs sont beaucoup plus pratiques, avec un sens aigu du terrain. Un professeur en école d’ingénieurs a vraisemblablement moins d'affects pour sa propre emprise sur les étudiants qu’en école de commerce, où la nature des matières enseignées favorise ce phénomène.

Quand ces établissements doivent changer, ils vont changer plus facilement car ils sont dans une dynamique que j'appellerai 'popperienne'. Ils s'inscrivent dans le progrès là où, en sciences de gestion, beaucoup trop de temps encore est passé à faire légitimation de ce qui ne sont au mieux que des best pratiques à un instant t…"

L'école du futur va laisser la place à la multi-pédagogie selon vous ?

"L'école du futur utilisera toutes les formes d'enseignement : ex cathedra, différencié, connectiviste. Du face-à-face, du travail en groupe, du web… L'étudiant disposera d'une boîte à outils dans laquelle il ira piocher. Il commencera par être apprenti pour les apprentissages fondamentaux ; puis compagnon, pour les croisements en entreprise, à l'international ; enfin maître lorsqu'il sera en entreprise. Mais cette maîtrise, il saura l'entretenir en poursuivant tout au long de la vie son apprentissage."

Les grandes écoles fusionnant et donc repartant des fondamentaux ont-elles un avantage pour s'adapter plus facilement à l'école du futur ?

"Les fusions ne sont pas nécessairement créatrices de valeur. Elles semblent parfois précéder la définition du projet. J'entends par là la mission, la vision, la stratégie de la nouvelle entité née de la fusion de deux structures. De même, il me semble que les fusions telles qu'on peut les observer s'abstraient de leur ancrage territorial. Je considère que l'avenir passe avant tout par la définition d'un projet fort entre deux structures sur une même région.

Pour être tout à fait concret, si l'on prend l'EM Lyon et Grenoble Ecole de Management, la vision pourrait être - autour d'une identité très forte : entrepreneuriat et innovation - de réussir à passer d'un niveau européen à un niveau mondial. Il faut imaginer la puissance en termes d'enseignement, de recherche que pourraient produire 300 professeurs-chercheurs de très haut niveau dans la deuxième région de la cinquième puissance mondiale (en PIB). On aurait là un vrai accélérateur de croissance pour le territoire, pour la Région Rhône-Alpes, et un projet incroyablement enthousiasmant pour les personnels.

Je crois fortement à l'ancrage local. Je me bats pour le territoire, et la bonne échelle, c'est la région. Car vu du satellite, vu de San Francisco, de Pékin ou Johannesburg, c'est bien la granulométrie de la région qui est la bonne. Et ici, c'est bien pour la région Rhône-Alpes qu'il faut se battre. Réussir à réunir dans des modalités à construire l'enseignement et la recherche en sciences de gestion du sillon alpin et de la région lyonnaise, c'est la condition pour être incontournable à l'international.

On tient là un contenant formidable pour héberger l'Ecole du futur que j'appelle de mes vœux. Une école unique parce que porteuse d'une identité unique autour de l'entrepreneuriat et de l'innovation… Une école unique parce que soucieuse de répondre aux besoins de l'ensemble des parties-prenantes, au premier rang desquelles les entreprises et la société… Une école unique parce que capable de former des entrepreneurs animés d'une obsession : permettre aux hommes, aux femmes, à la société de progresser."

Quelles sont vos trois grandes conclusions suite à la rédaction et à la publication de ce livre blanc ?

"La première conclusion : là où nous pensions qu'il fallait changer, nous avons appris qu'il fallait aller encore plus vite que tout ce que nous avions pu imaginer. La deuxième est la révolution de l'espace-temps dans tout le schéma pédagogique. Enfin, la troisième est l'éclatement des structures pour aller vers des écoles qui doivent se réinventer. Il devrait en effet y avoir une modification des écoles telles que nous les connaissons, entraînant une mise en commun des forces de production."

Propos recueillis par Julien Pompey, OrientationsMis en ligne le Mardi 29 Octobre 2013