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Dominique Serra : "Changer le regard qui est porté sur les femmes"

La fondatrice et organisatrice du rallye-raid Aïcha des Gazelles revient sur le lancement de cet événement et les raisons qui l’ont incitée à créer une telle compétition dans le monde très masculin de l’automobile. Elle aborde également les difficultés rencontrées et les objectifs pour les années à venir.

La fondatrice et organisatrice du rallye-raid Aïcha des Gazelles… rappelle les valeurs de cette célèbre compétition féminine.

Dominique Serra, fondatrice du rallye Aïcha des Gazelles
Dominique Serra, fondatrice
du rallye Aïcha des Gazelles

Cette aventure n’a cessé de prendre ampleur et légitimité. Elle démontre qu’il y a toujours une place pour l’audace, l’envie d’entreprendre, celle de relever des défis.

Pour quelles raisons avez-vous créé le rallye Aïcha des Gazelles ?

"C’est avant tout pour la valorisation des femmes, notamment dans l’entreprise. J’ai lancé cette idée de course alors que je travaillais sur une opération de communication en vue de valoriser les femmes. J’ai alors imaginé mettant en scène les femmes dans un monde qui n’est a priori pas le leur, en vue de démontrer qu’elles pouvaient s’en sortir dans n’importe quelle situation. Et, au passage, de remettre en cause le cliché qui veut que les femmes et l’automobile ne soient pas compatibles…

23 ans après, nous sommes encore bel et bien là, nous sommes parvenus à monter une manifestation de qualité et de référence, véhiculant de nombreux messages, comme l’engagement des femmes, leur courage, le partage et, désormais, toute une partie en lien avec l’environnement et le développement durable, étant le seul rallye bénéficiant de la certification Iso 14001."

Il y a 23 ans, vous vous intéressiez déjà à la valorisation des femmes dans l’entreprise. Si l’on compare à la situation actuelle, estimez-vous qu’il y a eu une évolution à ce niveau ?

"Ça n’a guère évolué, du moins positivement… On se bat aujourd’hui encore en imposant des quotas, en parlant de diversité et de parité. Depuis 23 ans, j’ai toujours le sentiment de parler des mêmes causes ! Et ce, alors que de plus en plus d’entreprises font de la thématique féminine un outil de communication, ce qui montre que ça marche. De ce fait, je suis très étonnée qu’aussi peu d’entreprises aient embrayé !"

Pourquoi avoir choisi le monde de l’automobile pour votre événement ?

"Le monde de l’auto est considéré comme étant très macho. Ma volonté première était d’être décalée pour en quelque sorte choquer. J’aurais pu lancer un challenge de tricot, mais je ne suis pas certaine que ça aurait eu la même efficacité…"

De ce fait, cela n’a-t-il pas été compliqué de vous lancer dans ce domaine ?

"J’ai rencontré une multitude d'obstacles, divers et variés. Ainsi, chaque fois que je présentais mon concept, les gens ne le comprenaient pas. Le fait qu'il n'y ait pas de challenge lié à la vitesse et que le but soit de parcourir le moins de kilomètres possibles ont fait que beaucoup de personnes n'ont pas compris ma démarche.

A cela s'est ajouté l'"handicap" des femmes : beaucoup de personnes considéraient qu'il s'agissait d'une ballade de filles dans le dessert… Et ce, alors qu'aujourd'hui, nous sommes un des rares rallye-raids fonctionnant le mieux, et qui enregistrent de plus en plus de participants. Ainsi, cette année, nous avons reçu plus de 4 000 demandes de participation, mais seulement 300 concurrentes (150 équipages) ont été retenus pour des raisons de sécurité et environnementales…"

Avez-vous éprouvé également des difficultés pour organiser un rallye-raid se déroulant au Maroc ?

"Ça n'a jamais été difficile pour moi au Maroc, bien au contraire ! On m'a toujours réservé un accueil très chaleureux, et les Marocains sont extrêmement fiers de ce raid. Le Rallye Aïcha des Gazelles est une vraie fierté pour eux. En atteste : nous sommes le seul événement à pouvoir porter les armoiries du Royaume. C'est un élément extrêmement important qui montre bien que le Maroc n'est pas un pays macho !"

Avez-vous atteint votre objectif initial à quelques semaines du départ de la 23e édition ?

"Pas complètement, d'autant que je suis une femme de challenge moi-même. J'avais notamment comme objectif de réunir les femmes du monde entier sous le même bivouac, et je regroupe à l'heure actuelle 22 nationalités différentes. Je pense pour autant que le rallye est bien abouti au niveau du règlement sportif, de la qualité de l'environnement, mais nous sommes toujours à la recherche du mieux. D'autant que nous nous lançons de nouveaux challenges, puisque nous nous attaquons désormais à l'environnement et à l'éthique. Mais il y a beaucoup de travail derrière nous désormais, et l’événement permet, année après année, de changer le regard qui est porté sur les femmes. Notre rallye n’est pas futile, il a au contraire tout son intérêt et sa légitimité."

Quel est votre prochain objectif ?

"Amener le rallye sur le terrain du développement durable et de l’environnement au Maroc, et se développer à l’international, d’autant que nous n’avons pas encore de participante venant d’Asie."

Et si c'était à refaire ?

"Très honnêtement, quand je regarde où nous sommes arrivés, je me demande comment nous avons fait, car nous avons rencontré beaucoup de galères. Je ne sais pas où j’ai trouvé toute l’énergie qui m’a permis de porter ce projet, même si nous avons tous en soi des ressources insoupçonnées…"

Quelle est votre plus grande satisfaction aujourd’hui ?

"Avoir mené à bien mon projet jusqu’au bout, et d’avoir tenu bon sans changer de cap, malgré les chants des sirènes. J’ai toujours eu la certitude que c’était ce qu’il fallait. Cela m’a demandé beaucoup de travail, mais j’ai bien su m’entourer, avec une équipe extraordinaire qui comprend en plus ma fille et mon gendre désormais. Pour tout cela, je suis fière aujourd’hui."

Propos recueillis par Julien Pompey, OrientationsJeudi 07 Mars 2013